NIFFF 2016, jour 2: le salut vient de Corée

Tout a très mal commencé. Avant la projection du percutant The Priests, quelqu’un s’est précipité sur scène pour nous parler sans micro mais très fort, a fait mine de vomir dans un sac et répété deux fois « bite-couille-chatte » pour montrer son courage inouï face à la censure des bien-pensants. Heureusement, quelques minutes ont suffi au talent de Jae-hyeon Jang pour faire oublier ce moment douloureux. Deux prêtres italiens perdus dans Séoul, un exorcisme qui tourne mal, un accident de voiture, et on accroche sa ceinture.

Le fantastique à l’abri du familier

The PriestsLe fantastique se nourrit de mise à distance, mais aussi d’interactions avec les espaces familiers et tout le film travaille cette articulation : l’intrigue se joue dans des espaces confinés, mais toujours sous la « menace » d’une intervention de la normalité – la police, par exemple. En arrière-plan veillent la skyline et les rues commerçantes, garantes de la présence du quotidien, pendant que les prêtres accomplissent leurs basses œuvres à l’abri des regards.

On retiendra surtout de cet étrange objet son syncrétisme. Côté religieux, le catholicisme se nourrit d’astrologie chinoise tout en mobilisant un vaste imaginaire emprunté au Nouveau Testament, mais aussi plus largement à la culture occidentale – scène savoureuse où on s’accompagne de Bach pour commencer la cérémonie.

 

The Priests

Côté esthétique, si l’on quelques éléments ne laissent pas de doute sur l’origine coréenne du film, c’est bien d’un cinéma mondial qu’il s’agit. En témoignent le gros succès du film en Corée et, dans la foulée, sa distribution aux États-Unis.

Des flics danois évangélistes

Cette belle réussite tombait à pic, après une incursion pénible dans la section « Films of the 3rd Kind ». Si l’on vous dit : étranges disparitions d’enfants, flic-dépressif-et-bougon-mais-attachant-quand-même-et-surtout-fortiche, Témoins de Jéhovah, flash-back filmés en sépia révélant d’abominables traumatismes d’enfance en lien avec la religion, et plans à la grue tellement balèzes que même à Hollywood on hésite à les garder au montage, vous dites ? Non, il ne s’agit pas de Millenium, chapitre 18, mais du troisième volet des Enquêtes du département V, sous-titré Délivrance.

Cet énième produit industriel destiné au rayon polar, labellisé « Qualité scandinave garantie », aurait pu poursuivre sa destinée sur les sites de vidéo à la demande, pour occuper les samedis pluvieux. Pour d’obscures raisons, il s’est frayé un chemin jusqu’au NIFFF, distillant au passage une petite morale pouvant se résumer à : si t’es déprimé, crois en Dieu, chante des cantiques et tout ira mieux. Reste la beauté de quelques plans d’ensemble révélant les paysages agricoles des côtes de la mer du Nord, interminables plaines couvertes d’openfields et parsemées d’éoliennes. C’est maigre.

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