La tortue coupée en deux (La tortue rouge, Michaël Dudok de Wit)

La tortue rougeFilm d’animation issu de la collaboration entre le réalisateur néerlandais Dudok de Wit et les studios Ghibli, La Tortue rouge provoque dans la presse des hurlements au chef-d’œuvre absolu et atemporel – et a récolté un Prix spécial à Cannes, dans la sélection Un certain regard. Mais passée la magie de la première demi-heure, le propos s’essouffle, puis se prend les pieds dans les pires stéréotypes.

La condition humaine, une île déserte

La tortue rougeTout commence pourtant bien, avec une idée aussi belle et simple que le coup de crayon de l’auteur. La naissance comme survie à un naufrage, l’île déserte comme image de l’irréductible solitude de notre condition, voilà une belle métaphore (géographique). Une demi-heure durant, on suit avec fascination le héros découvrant et s’appropriant ce territoire simple en apparence – une plage, puis une épaisse forêt, puis un rocher nu au sommet, avec autour l’immensité à perte de vue – mais recelant quelques cavités mystérieuses et autres aspérités résistant à qui veut s’en saisir.

On admire la résistance du naufragé-survivant, sa persévérance à tenter de prendre le large par tous les moyens. On s’amuse au passage des belles trouvailles du film, comme ces crabes spectateurs attentifs – à leurs risques et périls – de la destinée du héros, ou encore cette bouteille vide témoin d’un ailleurs inconnu.

Mythologie petite-bourgeoise

Malheureusement, au moment de passer à la vitesse supérieure, on imagine l’auteur – et sa co-scénariste Pascale Ferran – dans la même situation que leur tortue: les quatre fers en l’air, s’agitant inutilement, ne sachant pas bien comment se dépêtrer de ce projet et lui donner un second souffle.

Lorsque la tortue devient une belle femme à la longue chevelure rousse, lorsqu’un charmant bambin gambade sur la plage, lorsque la petite famille achève de s’approprier l’île par la cueillette de moules, lorsque l’enfant grandit et part à la découverte du vaste monde, etc., etc., on finit par se demander ce qu’on fait là. En guise de grand mythe à vocation universelle, le film n’a pas mieux à proposer que le couple hétérosexuel s’accomplissant dans l’enfantement puis la vieillesse apaisée.

La métaphore géographique de la solitude existentielle vire au catéchisme petit-bourgeois (et résolument masculino-centré, soit dit en passant). Il faut cultiver son jardin, se trouver une jolie petite femme, renoncer par la même occasion aux mystères du vaste monde, et mourir peinard.

Tout un programme.

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