India Paradiso: « The Cinema Travellers » (FIFF 2017, jour 1)

Fribourg Festival 2017Un crépitement, une étincelle, le ronronnement du moteur, et le faisceau lumineux apparaît. Le temps d’une soirée, Bollywood vient de se frayer un chemin jusque dans les tréfonds de l’Inde rurale. Huit ans durant, Shirley Abraham et Amit Madheshiya ont suivi deux projectionnistes itinérants et un réparateur/inventeur de projecteurs. Ils nous font découvrir, dans un documentaire d’une incroyable poésie en compétition à Fribourg, un univers méconnu en train de se réinventer pour ne pas disparaître.

Le cinéma en ses lieux d’origine

De The Cinema Travellers émane, évidemment et avant tout, un amour sans bornes du cinéma. Sans en faire des tonnes, quelques plans sur des regards émerveillés ou deux scènes de files d’attente se muant en cohues suffisent à dire la transe dans laquelle plonge le public, tous âges confondus.

The Cinema Travallers

Le film rappelle au passage que la foire fut le lieu par excellence du cinéma à ses débuts. Encore aujourd’hui, le Septième art et ses illusionnistes se fondent à merveille parmi les grands huit et les acrobates, peut-être d’autant plus leur version indienne. Loin des téléchargements en ligne, la salle de projection demeure un lieu de réunion et, même, dans l’obscurité du chapiteau, de communion.

Fétichisme de la bobine

Hommage à la spatialité originelle du cinéma, le documentaire d’Abraham et Madheshiya célèbre aussi sa matérialité, dans un geste quasi eucharistique : on en finit plus de voir se rouler et dérouler la pellicule, et jaillir – ou non, car les incidents techniques rythment le quotidien des projectionnistes – l’image.

The Cinema Travellers

Il y a du fétichisme là-dedans, du mystère, et d’ailleurs les cérémonies ne manquent pas pour préserver pellicules et projecteurs du mauvais sort, en particulier de la pluie, ennemie jurée de la lumière dans le pays de la Mousson.

De l’analogique au numérique : fin d’une époque ou renaissance

Pointe aussi une infinie nostalgie. Une époque disparaît, et comme la grotte couverte de bas-reliefs qu’on découvre avec l’un des protagonistes, les bobines rejoignent doucement mais sûrement les musées, remplacées par le numérique.

Et la scène de mise à mort d’un projecteur à coups de marteau et de tournevis fait passer un frisson dans la salle.

Mais Prakash, inventeur génial de machines en tout genre et fil conducteur du film, porte un message optimiste et réjouissant. Contraint de changer de métier, il recycle ses talents dans l’agriculture, ce qui n’est pas rien dans une nation qui fournit au moins autant de tonnes de blé que de films au reste du monde.

Il montre la voie aux cinéastes, et les enjoint à mobiliser leur imagination : la technique évolue mais l’être humain apporte toujours sa touche, au cinéma comme ailleurs.

Beau programme.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :