A l’enterrement de la monarchie népalaise: « White Sun » (FIFF 2017, jour 2)

Fribourg Festival 2017En 2015, le Népal panse les plaies d’une guerre civile meurtrière. Sous les coups de boutoir de la rébellion maoïste, la monarchie s’est muée en république fédérale et le pays se cherche une Constitution. Dans ce contexte, Chandra, ancien soldat de l’armée rebelle, retrouve son village au fond d’une vallée perdue de l’Himalaya, où l’attendent des difficultés inattendues : son père vient de mourir et sa femme a accouché d’une fille pendant son absence. Il devra composer, entre autres, avec un prêtre sourcilleux sur les rites funéraires, un frère monarchiste et un gamin rencontré en route, qui pourrait bien se révéler son fils caché. Complexe.

A l’image du pays ne sachant pas comment se débarrasser du vieux régime et de ses scories, la petite communauté montagnarde se retrouve avec sur les bras un corps bien encombrant, avec au passage un potentiel burlesque largement exploité par le film – feu papa a bien engraissé, passera-t-il par la fenêtre ? Dans un village reculé, où presque tous les hommes ont les cheveux blancs – et les femmes le droit de se taire – le premier problème est de se défaire du poids des traditions, à commencer par un très rigide système de castes.

White Sun

Chandra doit aussi compter, dans un paysage entre forêt tropicale et riziculture en terrasse, avec les distances-temps propres aux vallées encaissées de la campagne népalaise. Loin de Katmandou, la justice se présente sous la forme de fonctionnaires de police difficiles à atteindre et pas du tout décidés à quitter leur poste sans raison urgente.

Il devra aussi affronter la suffisance des maoïstes. Partageant désormais les commandes de l’État, les anciens rebelles trouvent leur compte dans les avantages matériels que confère le pouvoir, et tolèrent sans difficulté de renoncer à pas mal d’idéaux révolutionnaires.

White Sun

En somme, le temps d’une journée et d’une interminable cérémonie d’enterrement, White Sun oscille entre humour et poésie, entre optimisme et résignation. Surtout, Deepak Rauniyar saisit et transmet avec finesse les secousses et les contradictions d’un pays en pleine métamorphose culturelle et politique.

Et pose la question : de qui viendra le salut ? Pas de vieillards attachés au féodalisme et aux castes. Pas non plus d’hommes empêtrés dans leurs rivalités. Encore moins de l’armée ou des guérilleros refusant les compromissions du parti maoïste. L’avenir du pays repose sur les épaules des femmes et, surtout, des enfants, seuls capables de tourner le dos aux traditions comme aux petits arrangements du pouvoir.

On valide.

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