Locarno Mio (2017/1) – T. Jobin: « Locarno, c’est l’endroit qui m’a fait »

Locarno Festival 2017Locarno Mio, c’est, en sept questions, le Festival de Locarno dans les yeux de celles et ceux qui l’arpentent depuis plus ou moins longtemps. Avec trente (!) visites à son actif, Thierry Jobin, directeur du Festival international de films de Fribourg (FIFF), a des choses à raconter sur un événement auquel il doit beaucoup. Dont une belle anecdote en compagnie de Greg Araki, il y a trente ans. À découvrir en cliquant ligne suivante.

1. C’est loin Locarno ?

Mon premier Locarno me paraît très, mais alors vraiment très loin cette année, parce que je viens de me rendre compte que c’est mon trentième. A l’exception des années 1992 et, je crois, 1996, deux éditions que j’ai dû sacrifier à l’armée suisse qui m’avait appelé sous les drapeaux, j’y viens depuis l’âge de 16 ans.

Quant à savoir si Locarno me paraît loin géographiquement, je dirais que mettre quatre heures et demie en train pour parcourir les 144 kilomètres à vol d’oiseau qui séparent ma ville, Fribourg, de Locarno, ça vous fait du 32 km/heure. Les cyclistes font le Tour de France plus vite que ça. Parfois, ça donne quand même envie de tagger « rasons les Alpes qu’on voie la mer, et aussi Locarno ! ».

2. C’est grand Locarno ?

Il me semble me souvenir que le slogan, autrefois, c’était « le plus grand des petits festivals ». Mais il me semble aussi me souvenir qu’il n’a jamais été petit. Du moins dans mon cœur.

Locarno m’a donné vie cinéphiliquement.

3. C’est quoi Locarno ?

C’est l’endroit qui m’a fait. Ça faisait quatre ou cinq ans que j’étais tombé dans la marmite du cinéma et que j’y dérivais comme un canot sans gouvernail. Quand j’ai mis les pieds pour la première fois à Locarno, en 1985, à 16 ans, ma cinéphilie est devenue concrète, cristallisée, cristalline. Mes parents m’ont donné vie physiquement, culturellement, intellectuellement et sur bien d’autres plans. Et Locarno m’a donné vie cinéphiliquement, en termes de curiosité, d’exigence, d’éthique, de diversité. Je suis son fils et je le connais si intimement que je me rebelle parfois contre lui, particulièrement quand j’étais journaliste, dès que je sens qu’il s’éloigne de cette capacité à produire de la cinéphilie pour la vie.

La Piazza Grande a ses piranhas : ses chaises en plastique.

4. Tu fais quoi à Locarno ?

Tables rondes, juré Open Doors, préparations des sections 2018 du FIFF, networking : je travaille beaucoup. Trop pour voir des films. Alors, ce que je fais essentiellement à Locarno, c’est trouver le moyen de filer à l’anglaise, de prétexter d’autres rendez-vous (souvent imaginaires), pour me glisser dans les salles. D’ailleurs, il va falloir que je vous laisse dans trois minutes…

(c) T. Jobin – Locarno, festival de reliefs?

 5. La Piazza Grande tu connais ?

Je l’ai connue dans tous ses états, par grande chaleur, froid glacial, pluie battante ou encore quand on pouvait encore poser un pull à 15 heures pour réserver une chaise et le retrouver exactement au même endroit le soir (les Suisses sont très polis). J’ai même connu la Piazza de jour, mais oui : en 1999, quand le directeur artistique Marco Müller a consacré une magnifique rétrospective à Joe Dante et aux héritiers de Roger Corman, il y a eu, un jour vers midi, une éclipse du soleil. Et le festival a eu l’idée de projeter, durant ce court moment d’obscurité, la bande annonce de Piranhas!

Le clin d’œil n’était pas qu’anecdotique, car la Piazza Grande a ses piranhas : ses chaises en plastique. Dans une salle de cinéma traditionnelle, seuls les grands films peuvent vous faire oublier votre corps, sans quoi le confort des fauteuils menace à tout moment de vous plonger dans un de ces horribles et profonds sommeils de cinéma, horribles parce que le son du film, se mêlant à vos rêves, crée une forme de cauchemar. Sur la Piazza, impossible de dormir : et, en cas de film moyen voire nul, c’est tout le corps qui endure, mordu, piqué, déchiqueté image par image. La Piazza, c’est une expérience physique du cinéma.

6. Locarno en janvier, ça existe encore ?

Ça devrait ! Si seulement je pouvais y penser en janvier. J’ai encore attendu après mon propre festival, en avril, pour chercher une chambre à Locarno… Résultat : je vous écris ces mots du pire hôtel de la ville. Grâce à vous, je viens d’ajouter « réserver chambre Locarno » dans mon agenda de janvier 2018.

7. Il y a un truc que tu as vu ou entendu à Locarno et que tu ne risques pas d’oublier ?

« Montez sur le porte-bagages ! » C’était en 1987. On courait sous la pluie avec un ami pour aller voir Three Bewildered People in the Night, le tout premier film du cinéaste américain Greg Araki qui était alors en compétition et qui allait d’ailleurs gagner un prix. Un gars passe en vélomoteur et nous voilà tous les trois sur sa bécane. Il parlait l’anglais, nous à peine. C’est quand il est monté sur scène qu’on a compris que c’était Araki lui-même. Cette anecdote est à la base de la philosophie que j’entretiens au Festival international de films de Fribourg : ne pas couper le public des invités et, au contraire, créer toutes les conditions de la rencontre informelle. Sans barrières et pas forcément à vélomoteur.

 

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