Locarno 2016: « There is an alternative » (Moi, Daniel Blake, Ken Loach)

11 août 2016, 21h30, sur les sièges noirs et jaunes de la Piazza Grande, la projection de Moi, Daniel Blake fait salle comble. À 80 ans, ému de voir 8’000 personnes massées pour découvrir son film, Ken Loach n’en va pas moins à l’essentiel. Il évoque le démantèlement de l’État-providence par le thatchérisme, rappelle les conséquences bien réelles de cette politique, machine à broyer les plus faibles. Et conclut : « There is an alternative, and it is worth fighting for it ».

Droit dans ses bottes après une trentaine de longs-métrages, Loach ne révolutionne peut-être pas le cinéma. Mais il offre une description minutieuse et pas du tout superflue des dégâts humains du néolibéralisme à l’anglaise, esquissant au passage une petite géographie de l’humiliation des laissés-pour-compte.

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Locarno 2016, Jour 2 : Faillite de l’autorité, faillite de la société

Locarno Festival 2016Les films projetés à Locarno cette année ne donnent pas tous envie de pleurer. Mais plus d’un rend compte d’un monde qui ne donne pas non plus très envie de rire. Sur des registres a priori différents, plusieurs intrigues dessinent un monde qui sonne creux, déserté par le sens et, en l’occurrence, par les autorités, c’est-à-dire par une émanation d’un projet et d’une vision communs à un groupe humain. Ci-dessous, retour sur un jour 2 qui fait trembler les fondements des sociétés postindustrielles. Lire la suite

Locarno 2016, Jours 0 & 1: Pluie d’insultes sur la Piazza Grande

Locarno Festival 2016À la sérénité d’une traversée ferroviaire des paysages mythico-bucoliques de la Suisse primitive, renforcée par le plaisir coupable de la contemplation des hordes d’automobilistes pris dans quelques kilomètres de bouchons à l’entrée du Ghotard (et donc aussi à la sortie, niark), a succédé un atterrissage mouvementé sur la Piazza Grande. Dans le jeu injuste des bonnes et moins bonnes places sous les étoiles du Tessin, rendu complexe par l’interdiction plus ou moins explicite et plus ou moins respectée de réserver des sièges à ses ami-e-s, ce n’est pas un orage qui m’est tombé sur la tête mais une averse d’injures, noms d’oiseaux éructés en allemand, italien et anglais par un spectateur très fâché. Passé ce déluge, le spectacle a pu commencer. Lire la suite

Avant Locarno: Le passé trouble de la Suisse (Un juif pour l’exemple, Jacob Berger)

Un juif pour l'exemple - André WilmsAvant une sortie en Suisse en septembre 2016, on pouvait découvrir à Locarno, dès le premier jour, Un juif pour l’exemple, de Jacob Berger (Fuori concorso). Librement inspiré de l’ouvrage du même nom de Jacques Chessex, publié en 2009, le film revient sur une affaire ayant secoué en 1942 la petite ville suisse de Payerne. Un groupuscule de sympathisants nazis y avait exécuté dans des circonstances sordides un commerçant juif, pour l’exemple. Entre passé mal assumé et présent pas tout rose, Berger propose une adaptation subtile, mettant l’auteur lui-même au cœur du dispositif narratif. Une réussite. Lire la suite